En Bourgogne-Franche-Comté, le logement social s’impose comme un levier essentiel pour protéger les femmes victimes de violences conjugales. Face à l’urgence des situations et à la précarité financière de nombreuses victimes, bailleurs sociaux et associations spécialisées renforcent leur coopération pour accélérer les relogements et sécuriser les parcours de sortie des violences.
Les chiffres nationaux donnent le vertige. En 2024, 107 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, 270 ont été victimes de tentatives de féminicide et 906 ont tenté de se suicider après des faits de harcèlement au sein du couple. Au total, 1 283 femmes ont été victimes de (tentatives de) féminicides, directs ou indirects, selon les données du ministère de l’Intérieur.
Derrière ces statistiques, une réalité : pour beaucoup de femmes, quitter le domicile conjugal signifie tout perdre, sécurité, repères, stabilité financière. En Bourgogne-Franche-Comté, les bailleurs sociaux et les associations spécialisées tentent d’apporter une réponse concrète : un toit, vite.
Le logement comme condition décisive
La semaine dernière, les représentants de l’Union Sociale pour l’Habitat de Bourgogne-Franche-Comté (USH BFC) et de la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF) ont dressé un bilan de leur mobilisation.
« À chaque signalement, les bailleurs sociaux donnent la priorité », rappelle François-Xavier Dugourd, président de l’USH BFC. En matière de logement social, les femmes victimes de violences conjugales figurent en effet parmi les publics prioritaires, sous réserve de justificatifs.
Pour Juliane Charton, responsable du pôle Hébergement-Logement à la FNSF, le logement est bien plus qu’une solution matérielle : « C’est une condition centrale pour sortir définitivement des violences. » Mettre à l’abri la femme et ses enfants, lui permettre de se reconstruire, retrouver une autonomie : sans solution de relogement, la rupture avec l’agresseur reste fragile.
Une enquête IFOP réalisée en 2025 avec le Crédit Mutuel et la FNSF souligne la vulnérabilité économique des femmes : 40 % des femmes en couple interrogées affirment qu’elles ne pourraient pas assumer seules un loyer si elles devaient partir, et 44 % disent ne pas pouvoir quitter le domicile sans aide extérieure.
Des centaines de demandes chaque année
En Bourgogne-Franche-Comté, les chiffres témoignent d’un besoin constant.
- En 2023, 628 demandes de logement social ont été enregistrées avec le motif « violences au sein du couple » ; 294 ont abouti à une entrée dans le logement.
- En 2024, 488 demandes pour 267 attributions.
- En 2025, 537 demandes pour 261 attributions.
En Bourgogne-Franche-Comté, entre 2023 et 2025, 161 femmes et 226 enfants ont bénéficié d’un accompagnement par les associations locales du réseau Solidarité Femmes, parallèlement à l’obtention d’un logement.
Sur le terrain, à l’échelle locale, plusieurs structures interviennent : Solidarité Femmes 21 à Dijon, Solidarité Femmes 25 à Besançon, Solidarité Femmes 90 dans le Territoire de Belfort ou encore les PEP 71 à Chalon-sur-Saône. Elles assurent un suivi social, juridique et psychologique, en lien direct avec les bailleurs.
Une convention pour accélérer les délais
Depuis 2022, l’USH BFC et la FNSF sont liées par une convention régionale. L’objectif est de fluidifier les parcours et de raccourcir les délais de relogement.
Concrètement, les équipes des bailleurs sociaux sont formées au repérage des situations de violences. Les associations, elles, assurent un accompagnement spécialisé des femmes. Des outils de communication (affiches, vidéos) sont également diffusés pour faciliter l’orientation vers les structures d’aide.
Entre 2022 et 2025, 24 situations jugées « très prioritaires » ont été traitées dans ce cadre spécifique. Résultat : 58 % des femmes concernées ont été relogées en moins de trois mois, et 87,5 % en moins de six mois.
Un engagement prolongé jusqu’en 2028
Face à l’ampleur des besoins, les deux partenaires ont décidé de renouveler leur convention jusqu’en 2028. L’USH BFC fédère 29 organismes, dont 21 bailleurs sociaux répartis sur les 8 départements, et 185 900 logements dans la région.
La FNSF regroupe plus de 80 associations en France et pilote le 3919, la ligne nationale d’écoute pour les femmes victimes de violences. Elle coordonne ce type de convention dans quatre régions, dont la Bourgogne-Franche-Comté.
Dans un contexte où les violences conjugales restent massives, les acteurs régionaux le martèlent : offrir un logement rapide et sécurisé n’est pas seulement une question d’habitat. C’est une condition de survie et le premier pas vers la reconstruction.







