« Je voulais montrer la douleur et la perte », Alexandra de Prinsac dépeint son cancer

L’artiste peintre Alexandra de Prinsac prépare une exposition nommée « In situ », en référence au cancer du sein qu’elle a combattu. À travers ses œuvres, la peintre et poétesse urbaine exprime sa sensibilité et le caractère éphémère de la vie. Elle exposera ses œuvres à la Ferronnerie, à Dijon, du 1er au 11 octobre.

Après avoir perdu le travail de toute une vie dans un incendie en 2025, Alexandra de Prinsac exposera des œuvres inédites du 1er au 11 octobre à la Ferronnerie, rue Auguste-Comte, à Dijon. Pour cette exposition, l’artiste délaisse temporairement ses caractéristiques Dames en noir pour donner à voir ce qu’elle a vécu lors de son cancer.

© Alexandra de Prinsac

« Je veux sensibiliser au cancer et au dépistage »

Pour cette exposition, Alexandra de Prinsac a voulu créer des installations qui traduisent son combat face au cancer : « J’ai voulu sortir de ma zone de confort avec cette exposition. Il n’y aura qu’un ou deux tableaux représentant des personnages et beaucoup plus d’installations. Je suis en train de travailler la terre et de créer des mandalas représentant des cicatrices pour exprimer la douleur. »

© Alexandra de Prinsac

Raconter son vécu pour parler aux autres, telle est l’ambition de l’artiste : « Le cancer a été extrêmement violent et je me suis sentie comme un pantin face aux protocoles médicaux. Je veux me réapproprier ce moment en exposant ma mammographie brodée avec la tumeur en rose fluo. »

Raconter le traumatisme avec l’art

L’incendie qui a détruit son atelier en 2025 a bouleversé son art. Aujourd’hui, elle réutilise cette démarche de destruction créatrice pour sa nouvelle exposition. « Cet incendie m’a donné de la force. Cela a été pour moi extrêmement violent. Je dis souvent que je me suis fait violer par les flammes parce que j’ai perdu un morceau de mon âme en même temps que mes toiles. Ce sont 25 années de travail qui sont parties en fumée, donc je me suis accordé plus de liberté dans mon travail. Après cela, il a été moins lisse, moins propre, plus brut. »

© Alexandra de Prinsac

Comme une rescapée, Alexandra de Prinsac veut témoigner de la douleur : « J’étais la survivante de mes Dames en noir, donc je voulais montrer la douleur et la perte. C’est le même élan qui m’a poussée à faire cette exposition. Je veux tendre la main à toutes celles qui ont eu, comme moi, un cancer du sein ou qui pourraient être touchées par la maladie. Je veux les rassurer pour qu’elles n’aient pas peur. »

Raconter l’impermanence et l’éphémère

La peintre a commencé sa carrière dans un squat rue de Rivoli à Paris avant de revenir à Dijon. En sillonnant la ville, elle décide de peindre sur les maisons en démolition : « J’ai été choquée de voir les maisons détruites si vite, alors j’ai voulu y peindre. Je considère que je fais de la poésie urbaine puisque je ne dégrade jamais rien. Après les maisons en démolition, j’ai peint dans les immeubles en construction, sur le béton, avant que les enduits ne soient posés. »

© Alexandra de Prinsac

Une manière de laisser une marque invisible aux yeux des autres : « J’aime bien laisser une empreinte sur les murs et être la seule à savoir que mes personnages sont là. Cela résonne parfaitement avec le caractère éphémère de la vie : les choses passent et s’effacent, sauf dans notre mémoire. »

« In situ » pour raconter la maladie et y faire face : une exposition d’Alexandra de Prinsac à la Ferronnerie, à Dijon, du 1er au 11 octobre 2026.