Le DFCO est de retour en Ligue 2 après trois ans d’absence. La saison reprend ce samedi 8 août pour le club bourguignon. Pour l’occasion, J’aime Dijon a pu s’entretenir avec le président-propriétaire du club dijonnais. De l’ambition du club en Ligue 2 à sa gestion financière en passant par la disparition de la section féminine, Pierre-Henri Deballon répond sans-filtre à nos questions.
Après ce titre de National pour le DFCO et cette montée en Ligue 2, avec quel état d’esprit attaquez-vous cette nouvelle saison ?
« Je suis assez excité et j’ai envie que ça commence. On a l’envie de créer encore de belles émotions et de mettre des buts. On est monté pour retrouver le haut niveau et la Ligue 2 s’annonce passionnante. »
Etes-vous confiant ? Comment sentez-vous ce début de saison ? La préparation a été plutôt réussie, êtes-vous satisfait ?
« Je ne crains personne. Si on joue avec nos valeurs et avec le collectif qu’on a créé, j’ai bon espoir qu’on puisse jouer les trouble-fêtes dans ce championnat. On a prolongé le staff, gardé l’ossature de l’équipe championne et on l’a renforcée avec des jeunes. »
« Être en Ligue 2, c’est le minimum »
Quand vous avez racheté le club, vous aviez annoncé vouloir remonter en Ligue 2 en trois ou quatre ans. Vous l’avez fait en deux ans. Est-ce que vous êtes fier de ce résultat ?
« Je suis fier car le boulot a été fait. Les équipes administratives bossent beaucoup pour les partenaires, la billetterie et le stade. Les joueurs et le staff ont été essentiels. On a gagné le premier titre du DFCO et on a créé ces supers émotions donc ce n’est pas rien. »
Le public dijonnais a été habitué à la Ligue 1 et à la Ligue 2. Descendre en National a été un choc pour beaucoup. Est-ce que le DFCO a retrouvé sa place dans le foot français ?
« Être en Ligue 2, c’est le minimum : on va être télévisés, on est dans un championnat professionnel. Cela va créer des nuitées d’hôtel. C’est environ 24 millions d’euros de retombées sur la ville pour un club de foot comme Dijon. La ville a besoin d’un club performant. »
Le nombre de supporters au stade sera-t-il la vraie variable d’ajustement pour cette saison en Ligue 2 ? Vous espérez attirer du monde ?
« Ce qu’on veut, c’est un stade plein, qui chante et qui vibre. On ne va pas se mentir, aller voir ce genre d’affiches face aux gros clubs n’a rien à voir avec les matchs de la saison dernière en Ligue 3. »
Attendez-vous encore plus de soutien de la part des supporter ?
« L’équipe doit performer pour que les supporters viennent au stade et se disent qu’ils ont envie de revenir. On va bien les accueillir, créer des animations à la mi-temps et réduire les temps d’attente à la buvette pour créer une expérience complète qui soit agréable. On a innové avec des murs à bière automatiques et des écharpes connectées pour les abonnés. On va créer un spectacle en tribune en plus du spectacle sur le terrain. Cela crée une marque qui tient aux Dijonnais et que tout le monde a envie de suivre. »
Quel est l’effet de cette montée sur la ville selon vous ?
« Les spectateurs vont rêver à nouveau. Le DFCO va faire rayonner Dijon. Les supporters seront fiers de porter le nouveau maillot. L’idée de l’écharpe connectée pour les abonnés, que l’on scanne pour entrer et avec laquelle on peut payer, je pense que c’est génial mais peut-être que dans trois matchs, je vous dirai que c’était une grande connerie parce que ça ne marche pas. Dans tous les cas, je veux donner au club cet esprit start-up. »
« On a des joueurs qui fonctionnent bien ensemble »
Vous avez beaucoup parlé de stabilité ces dernières années. Est-ce qu’aujourd’hui vous avez apporté cette stabilité au club ?
« Se maintenir n’est pas un objectif qui me fait rêver et on va se battre à chaque match. On est comme un gardien de but pendant un pénalty : il y a zéro pression et on va essayer de faire déjouer les tireurs. Maintenant, il faut se stabiliser en Ligue 2. Même si on ne s’interdit pas de regarder plus haut, l’objectif est d’y rester. Pour ce qui est de l’effectif, il y a une vraie stabilité parce qu’on a gardé l’ossature de l’équipe. Il n’y a eu qu’un seul départ et on a prolongé le staff pour deux ans. »
Le club est-il stable économiquement ?
« Pas encore. On a fait des choix difficiles comme des licenciements. Cela a été dur pour les salariés mais c’était une obligation. C’est dans le temps long qu’on raconte de belles histoires donc on ne fait pas un all-in en dépensant énormément et en recrutant des top joueurs. Gagner est une sorte de drogue donc on va essayer de se la reprocurer. C’est ce que je veux et les joueurs aussi. »
Vous pensez avoir construit un groupe assez solide ?
« On a des joueurs qui fonctionnent bien ensemble. Ils vont passer un an ensemble dans des bus et des hôtels donc c’est important qu’ils aient envie de vivre ensemble alors même que l’alchimie d’un groupe est difficile à trouver. Nos joueurs ont un QI foot et hors foot élevé. Ils s’impliquent dans la vie du club, vont voir les enfants malades et sont présents pour les supporters. Ce ne sont pas des mercenaires qui viennent prendre un chèque et qui s’en foutent du club. »
Il ne devrait donc plus y avoir de mouvement dans l’effectif ?
« Normalement non. (rires) On n’est pas à l’abri de se faire attaquer sur certains joueurs ou d’avoir une blessure mais on a anticipé ces choses. »
Quelle sera l’influence des droits TV de la Ligue 2 sur le budget du club ?
« Les droits TV ne permettent pas au club de changer de dimension, c’est un mythe. Il y a 1,2 millions de droits TV et le club dépense 10 millions d’euros. Cette équation fait que le club reste en difficulté. »
« Les filles, c’est un échec personnel »
C’est pour cela que vous avez pris la décision de ne pas maintenir d’équipe féminine ?
« Oui car on ne pouvait plus continuer. Je ne veux surtout pas opposer foot féminin et masculin, au contraire. Je suis le président de Dijon qui a mis le plus d’argent personnel pour l’équipe féminine mais le foot masculin et féminin perd de l’argent. Cette décision est une amputation. Personne n’a envie de la faire mais on le fait pour une bonne raison : préserver la santé du club. »
L’équipe féminine reste-t-elle dépendante des résultats et des performances de l’équipe masculine ?
« Le foot n’a pas su créer un modèle fiable pour les féminines, indépendant du foot masculin. Il est sous perfusion des garçons. Il y avait 174 spectateurs payants par match ce qui est insuffisant. Il faut se confronter au mur de la réalité et faire des choix difficiles. J’ai une petite fille qui fait du karting, l’un des sports les plus machos possibles. C’est génial que des filles puissent pratiquer un sport qu’elles aiment et qu’elles en vivent donc ce n’est pas de gaieté de cœur que j’ai pris cette décision. »
Considérez-vous la disparition de la section féminine comme un échec ?
« C’est un échec personnel que j’assume complètement. Je peux regarder n’importe qui dans les yeux et lui dire que j’ai tout fait pour essayer de sauver la section féminine du DFCO mais je n’y suis pas arrivé. »
Que répondez-vous à ceux qui disent que vous avez lâché les filles ? Ce discours a été tenu après la décision de la DNCG. Qu’est-ce que vous répondez à ces gens-là ?
« J’ai rencontré une centaine d’investisseurs pour leur présenter le projet. Cela fait 18 mois que je cherche des gens pour reprendre cette section féminine. Même gratuitement ! Et j’ai aussi proposé 500 000 euros à certains investisseurs pour reprendre le club mais personne n’en voulait. On avait l’un des plus petits budgets sur les équipes féminines et on performait : 4ème il y a deux ans et 6ème cette année. Le club travaillait très bien mais il perdait simplement trop d’argent. »
Pour encore plus de détails sur la saison à venir du DFCO et sur la gestion du club, regardez notre interview en vidéo de Pierre-Henri Deballon sur tous les réseaux sociaux de J’aime Dijon.
