Dans ce contexte de crise que nous vivons depuis maintenant une année, où la légèreté et les liens sociaux nous font défaut, se réunir pour s’enjailler ensemble nous manque cruellement. Alors, pour apporter un peu de couleur à nos journées un tantinet moroses, nous allons découvrir aujourd’hui les célèbres Fêtes de la Mère-Folle.

Quoi de plus agréable que de se rassembler pour chanter, se grimer, danser ou même railler le pouvoir en place ? Avouez que cela donne envie !

On daterait  la naissance de la Mère-Folle à 1482, époque à laquelle carnavals et autres fêtes avaient la part belle dans le paysage bourguignon.

« La Société Festive et Carnavalesque » dijonnaise de la Compagnie de la Mère-Folle (Infanterie Dijonnaise) a principalement vécu ses heures de gloire entre le XVe siècle et le XVIIe siècle pour ensuite tenter de renaître de ses cendres dans les années 1930 et à la fin des années 1980.

Il est bien difficile de lever le voile sur tous les arcanes de cette compagnie tant elle faisait en sorte de rester mystérieuse sur son organisation.

Nous avons peu d’informations sur l’organisation propre de l’Infanterie Dijonnaise. De nombreux notables semblent cependant y avoir appartenu et une hiérarchie très précise faisait office d’organigramme.
Les associés portaient d’étranges costumes hauts en couleurs qui différaient en fonction des charges et des postes de chacun et ils défilaient en brandissant des marottes à tête de fou. Celui que l’on baptisait la Mère-Folle en était le chef élu à la majorité des voix.

Intégrer la compagnie en tant qu’honorable membre, nécessitait un vrai cérémonial. Une fois devenu membre de la compagnie, l’heureux élu pouvait alors pleinement s’enivrer des plaisirs de la fête que la Mère-Folle organisait chaque année à Dijon.

La Mère-Folle avait un objectif principal : la Fête ! On défilait dans les rues, on y dansait, on y jouait, on y déclamait des poèmes parfois satiriques du haut de chars ornementés avec soin. On pouvait aussi parfois y réprouver le pouvoir en place de façon comique ce qui, de fait, déplaisait aux plus hautes instances.

C’est Louis XIII qui, en 1630 par le biais d’un édit, décida d’abolir la Compagnie de la Mère-Folle l’accusant de trop de désordres et de débauche occasionnés lors de ses allègres défilés.

À la suite de diverses réapparitions infructueuses dans les années 1630, c’est trois siècles plus tard qu’on verra la Mère-Folle pointer à nouveau le bout de son nez, soutenue par le comité des fêtes de la ville de Dijon.

En plus du défilé, un grand banquet est alors organisé, les participants sont grimés, costumés. La Mère-Folle fait peau neuve, devenant également une manifestation culturelle, associative et sportive, s’adaptant ainsi au contexte de l’époque.

Hélas, critiquée pour ses prises de position politiques et jugée trop subversive, la Mère-Folle s’éteint à la toute fin des années 1930, faisant sans doute couler le maquillage sur les joues de ses nombreux sociétaires et des Dijonnais.

Pour en savoir un peu plus, je vous recommande vivement la visite du très beau Musée de la Vie Bourguignonne à Dijon, qui conserve des masques de carnaval, des documents iconographiques, des documents imprimés et des objets relatifs à la Mère Folle.

Je nous souhaite à tous de pouvoir très rapidement guincher, rire et prendre autant de plaisir que la Compagnie la Mère-Folle en prenait et en procurait aux Dijonnais en son temps.