Jean-Pierre Raffarin à Dijon : « Il faut redonner au maire sa place dans la fabrique de la loi »

Jean-Pierre Raffarin à Dijon : « Il faut redonner au maire sa place dans la fabrique de la loi »

À Sciences Po Dijon, Jean-Pierre Raffarin a livré un diagnostic inquiet sur la crise politique actuelle et plaidé pour une refonte profonde de la décentralisation. Invité par les Jeunes Horizons, il a défendu un renforcement du rôle des maires dans l’élaboration de la loi, tout en réaffirmant son soutien à Édouard Philippe en vue de 2027, sur fond de tensions nationales et d’incertitudes internationales.

Ce jeudi, l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin s’est rendu à Dijon, à l’invitation des « Jeunes Horizons » de Côte-d’Or, pour une conférence à Sciences Po. Dans un contexte national marqué par l’absence de majorité claire, il est venu plaider pour un retour de la voix des territoires dans la politique nationale et soutenir la stratégie d’Édouard Philippe en vue des prochaines échéances électorales.

Une « impasse » nationale qui inquiète

Interrogé sur son ressenti face au contexte politique actuel, l’ancien locataire de Matignon n’a pas caché sa « grande inquiétude ». Pour lui, la France traverse une crise de gouvernance liée à l’absence de majorité. Cette situation paralyse l’action politique puisque, selon lui, la Ve République repose sur le principe du fait majoritaire pour fonctionner.

Jean-Pierre Raffarin prévient : « [En tant que président] ce que vous n’avez pas fait dans les deux premières années d’un mandat, vous avez assez peu de chances de le faire après ». Il insiste donc sur la nécessité d’arriver au pouvoir avec un programme déjà « prêt », citant en exemple Lionel Jospin et le passage de la réforme des 35 heures pour illustrer l’importance d’une action immédiate dès les premiers mois.

Plaidoyer pour la dignité de l’élu local

Jean-Pierre Raffarin a aussi abordé la décentralisation. Il déplore un État trop centralisé qui déconnecte les élites de la réalité du pays. Il appelle à une réforme profonde pour redonner du pouvoir aux maires, qu’il considère comme les élus les plus respectés des Français.

Ses propositions pour les territoires sont fermes :

  • Réintégrer le maire dans la « fabrique de la loi » : il estime que l’expérience du terrain doit impérativement nourrir la législation nationale.
  • Rétablir une autonomie fiscale locale : il regrette la suppression de la taxe d’habitation qui, selon lui, prive l’élu de sa « dignité » et de sa responsabilité directe devant l’électeur-contribuable.
  • Mettre fin à l’impuissance de l’État : il prône un transfert de fiscalité et de compétences du national vers le local pour redonner de la responsabilité aux élus de proximité.

2027 : Le soutien fidèle à Édouard Philippe

Bien qu’il ne se dise pas officiellement « adhérent » du parti Horizons pour conserver une liberté de parole, Jean-Pierre Raffarin affiche une loyauté sans faille envers Édouard Philippe. Il voit en l’ancien Premier ministre l’homme capable de rassembler, fédérer et de préparer un projet solide pour l’avenir.

« C’est celui qui a le plus de capacité aujourd’hui pour pouvoir être le mieux prêt au mois de mars prochain », a-t-il affirmé, soulignant que ses trois ans passés à Matignon constituent un atout majeur. Il a cependant mis en garde contre le piège des primaires, qu’il juge responsables de la « décapitation » passée de sa famille politique par la violence fraternelle qu’elles engendrent.

Un œil critique sur le monde : l’Europe face aux empires

Sur la scène internationale, Jean-Pierre Raffarin prône une Europe qui jouerait le rôle de « troisième force » équilibrante entre les blocs américain et chinois. Il a par ailleurs qualifié Donald Trump de « très dangereux » pour sa diplomatie imprévisible et son manque de respect envers ses alliés.

Pour l’ancien Premier ministre, l’Europe doit redevenir l’instance des « nouveaux non-alignés » pour peser face aux empires russe, chinois et américain. Pour y parvenir, il préconise un renforcement du leadership franco-allemand basé sur un partage clair des dossiers stratégiques.

Jean-Pierre Raffarin a laissé derrière lui un message de vigilance : pour éviter le déclin, la France doit se préparer, se rassembler et, surtout, ne plus ignorer la voix de ses territoires.