« Aujourd’hui, je ne sais pas où César sera scolarisé l’an prochain » : le combat d’une mère pour son fils handicapé

« Aujourd'hui, je ne sais pas où César sera scolarisé l'an prochain » : le combat d'une mère pour son fils handicapé

À Beaune, Marine Dufour se bat depuis deux ans pour permettre à son fils César, atteint d’une paralysie cérébrale et d’autisme, de poursuivre une scolarité adaptée. Après trois déscolarisations successives, la mère de famille a quitté son emploi, vendu sa maison et cherche désormais à créer ses propres solutions.

C’est un véritable parcours du combattant qu’affrontent César et sa mère, Marine. Après des années de stabilité scolaire, l’adolescent de 12 ans n’arrive plus à trouver un enseignement adapté à ses troubles dès son entrée au collège. Commence alors un véritable combat.

Trois déscolarisations en deux ans

De la maternelle à la primaire, César trouve sa place à l’école. Les équipes éducatives, les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) et les autres élèves l’accompagnent avec bienveillance. Malgré sa paralysie cérébrale et ses troubles du spectre autistique, les aménagements mis en place lui permettent de suivre une scolarité presque ordinaire.

Le passage en 6ᵉ marque un tournant. Multiplication des enseignants, changements de rythme, accompagnement humain insuffisant : l’équilibre se fragilise rapidement. Après seulement quelques mois, César est déscolarisé une première fois.

« Aujourd'hui, je ne sais pas où César sera scolarisé l'an prochain » : le combat d'une mère pour son fils handicapé
Après trois déscolarisations, mère et fils continuent de chercher des solutions © Marine Dufour

Une orientation en classe ULIS (Unité Localisée pour l’Inclusion Scolaire) spécialisée est ensuite obtenue, mais la structure la plus proche se situe à Saint-Rémy, près de Chalon-sur-Saône. Chaque jour, l’adolescent doit supporter près de deux heures de transport. À cela s’ajoute une réduction de son accompagnement en AESH, alors même que ses difficultés motrices nécessitent une aide permanente. « Tout le monde nous avait prévenus que ce serait trop lourd pour lui », raconte sa mère. Quelques semaines plus tard, César quitte le collège.

Une structure associative près de Nuits-Saint-Georges lui redonne ensuite goût à l’école. Il se fait des amis, retrouve l’envie d’apprendre et s’épanouit. Mais cette parenthèse prend fin avec l’annonce de la fermeture de la section collège. Depuis quatre semaines maintenant, il est de nouveau à la maison.

Une mère qui cherche ses propres solutions

Face au manque de réponses institutionnelles, Marine refuse de rester spectatrice. Après la première déscolarisation, elle avait décidé de partir avec son fils sur les chemins de Compostelle. En quarante-cinq jours, ils parcourent 780 kilomètres entre Le Puy-en-Velay et Saint-Jean-Pied-de-Port. « César a fait des progrès extraordinaires, tant au niveau moteur, qu’au niveau de ses habiletés sociales. Au début, c’est moi qui expliquais le but de notre démarche aux personnes qu’on croisait, et puis au bout de quelques jours, c’est César qui s’est chargé de ça avec plaisir », explique la mère.

« Aujourd'hui, je ne sais pas où César sera scolarisé l'an prochain » : le combat d'une mère pour son fils handicapé
En 2024, Marine et César ont parcouru près de 780 kilomètres sur le chemin de Compostelle © Marine Dufour

Aujourd’hui, Marine Dufour réfléchit à un nouveau projet : créer localement une structure capable d’accueillir des enfants aux profils similaires. Elle espère également fédérer d’autres parents confrontés aux mêmes difficultés. « Peut-être que des familles vivent la même chose sans savoir qu’elles ne sont pas seules », explique-t-elle.

Un combat qui demande beaucoup de sacrifices

Les conséquences de cette instabilité dépassent largement le cadre scolaire. Lorsque César a été déscolarisé, Marine a quitté son emploi de directrice d’établissement. Plus récemment, alors qu’elle venait de reprendre une activité professionnelle, elle a de nouveau dû tout suspendre pour rester auprès de son fils.

La situation financière est devenue si fragile qu’elle a pris la décision de vendre la maison familiale. Son objectif : disposer d’une sécurité économique et pouvoir déménager rapidement si une solution scolaire venait à se présenter ailleurs. « Aujourd’hui, je ne sais pas où César sera scolarisé l’an prochain, ni même où nous habiterons », confie-t-elle.

« Aujourd'hui, je ne sais pas où César sera scolarisé l'an prochain » : le combat d'une mère pour son fils handicapé
César entouré de ses deux frères, Auguste et Arsène © Marine Dufour

Avec trois enfants et une garde alternée mise à rude épreuve par les besoins de César, chaque décision a des répercussions sur l’ensemble de la famille.

Le manque de classes adaptées : César n’est pas un cas unique

Au fil de l’entretien, le témoignage de Marine dépasse le seul parcours de son fils. Elle décrit un système qui manque de places adaptées au collège, avec des dispositifs ULIS insuffisants et des démarches administratives longues. Pour obtenir une nouvelle orientation, la famille doit aujourd’hui refaire un dossier complet et réaliser des examens déjà effectués, aux délais incompatibles avec une rentrée scolaire classique.

Marine affirme que de nombreuses familles vivent les mêmes difficultés. À travers les réseaux sociaux, les thérapeutes ou les associations, elle échange régulièrement avec des parents confrontés à des ruptures de parcours similaires. « César veut aller à l’école. Il veut apprendre. Il veut avoir des copains », témoigne-t-elle.

À quelques mois de la rentrée, aucune solution n’est encore sûre. Mais une chose est certaine, la mère de famille entend poursuivre le combat, pour César comme pour tous les autres enfants qui risquent, selon elle, d’être « éjectés du système scolaire ».