Initié par l’Umih 21 (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie de Côte-d’Or), ils étaient plus de 400 à manifester hier, lundi 7 décembre 2020 à Dijon. Une place de la Libération regroupant le secteur de l’hôtellerie et de la restauration et un appel fort pour ces professionnels qui réclament la reprise sans délais de leurs activités avant la date annoncée du 20 janvier prochain.

Crédit photo : Solange Vassant

« Ce rassemblement est bien plus qu’une énième manifestation, c’est un cri de détresse, un SOS lancé au gouvernement qui nous laisse mourir à petit feu » annonce d’emblée Patrick Jacquier, le président de l’UMIH en Côte-d’Or. Le ton est donné.

Les établissements ont pris des mesures exceptionnelles et ont investi massivement dans des mesures sanitaires et vivent cette période de fermeture comme une injustice. Des aides existent et les prêts garantis par l’Etat devront être remboursés s’inquiète Patrick Jacquier. Nombreux sont les établissements à essayer de joindre les deux bouts et vident le peu de trésorerie qui leur reste encore. Il faut dire que pour certains, la situation a commencé mi-mars. Il y aura forcément de la casse. Et nous sommes essentiels scandent les professionnels.

A l’image des attentats de Charlie Hebdo en 2015, les participants brandissaient chacun une pancarte mentionnant leur statut : « Je suis un restaurant » ; « Je suis un café », mais étaient présents aussi des clients, eux aussi essentiels, venus soutenir les professionnels.

Crédit photo : Solange Vassant

 

Rebecca*, co-gérante d’un café restaurant à Dijon et Solange Vassant des Apéros de So.

Quel message fort souhaitez-vous faire passer au gouvernement avec cette manifestation ?

L’objectif était de faire entendre la détresse d’un secteur mis à l’arrêt depuis des mois malgré des règles sanitaires strictes et appliquées partout en France.

La situation devient catastrophique pour les petits comme pour les gros établissements. Il faut imaginer que nous entamons notre 5ème mois de fermeture dans l’année. 5 mois sans aucune rentrée d’argent, sans pouvoir assurer la sécurité de l’emploi de nos salariés sur les mois à venir, sans avoir la certitude de pouvoir être encore là dans 6 mois.

Pour une petite structure comme la nôtre de 5 salariés, c’est 25 000€ de loyers perdus.

Ces 5 mois de fermeture représentent des années de travail perdues. Pour une petite structure comme la nôtre de 5 salariés, c’est 25 000€ de loyers perdus, de charges fixes à payer, sans avoir de rentrées d’argent pour les honorer. Une somme considérable pour une toute petite structure comme la nôtre, des années de trésorerie jetées par les fenêtres.

Ce que nous souhaitons, c’est simplement d’avoir le droit de travailler, dans le respect de tous les protocoles imposés comme nous l’avons fait entre les 2 confinements (port du masque obligatoire, désinfection permanente des lieux, nombre de clients limité par table…).

Pourquoi nous autorisons les gens à se retrouver à 6 autour d’une table familiale pour Noël, alors que nous ne pouvons pas accueillir un couple dans un restaurant ?

Nous avons aujourd’hui un profond sentiment d’injustice. D’injustice par rapport à d’autres commerces ouverts et de cette notion « d’essentiel ou non ». Mais également d’injustice par rapport aux mesures gouvernementales autorisant les rassemblements pour les fêtes de fin d’année qui ne feront que repousser notre échéance d’ouverture si les gestes barrières ne sont pas appliqués au sein des familles. Il faudrait nous expliquer pourquoi nous autorisons les gens à se retrouver à 6 autour d’une table familiale pour Noël, alors que nous ne pouvons pas accueillir un couple dans un restaurant, portant un masque, se désinfectant les mains, respectant un sens de circulation… cela semble irréel.

En dehors de cette notion d’injustice, il est aujourd’hui essentiel pour la survie de nos établissements de rouvrir nos cuisines et d’accueillir de nouveau du public. L’Etat a débloqué de nombreuses aides, et cela était vital et nécessaire, mais cela ne compensera jamais le manque à gagner d’une activité « classique », et un chiffre d’affaires de fin d’année.

Aujourd’hui se pose la question de comment payer nos loyers et nos charges sur les prochains mois, comment accompagner nos collaborateurs et leur assurer un avenir dans nos notre structure, comment nous rémunérer si cette situation persiste.

Solange Vassant des Apéros de So :

 

Quelles solutions avez-vous mises en place depuis le premier confinement ?

Suite au 1er confinement, nous avons décidé d’anticiper et de développer dès le mois de juin une activité de vente à emporter et en livraison.

Nous avons en effet la chance de pouvoir proposer notre type de cuisine « en boite », ce qui n’est malheureusement pas le cas de nos confrères des bars, hôtels, ou encore restaurants gastronomiques.

Il était essentiel pour nous de nous réinventer, mais également pour garder un lien avec notre clientèle qui a tout de suite répondu présent.

Malheureusement, si cela nous permet de garder du lien et une certaine visibilité, cela ne compense en rien notre chiffre d’affaires traditionnel, surtout sur une période de fin d‘année ou nous travaillons essentiellement sur le café plus que sur le restaurant.

Solange Vassant des Apéros de So :

 

Combien de temps pourriez-vous encore tenir en l’état actuel des choses ?

Jusqu’à l’épuisement de l’intégralité de notre PGE (ndlr : Prêt garanti par l’État ) pour payer nos loyers à venir… Je dirais… 3 mois.

Comment voyez-vous la sortie de ce confinement et le retour à une vie « normale » pour votre activité ?

Nous savons que, comme en juin, nos clients serons là à la réouverture. Malgré les conditions compliquées, nous avons à Dijon fait une belle saison touristique cet été, les dijonnais comme les touristes étaient au rendez-vous, et très respectueux des réglementations parfois contraignantes que nous leur imposions.

Nous espérons que cela se fera de la même manière lorsque nous pourrons ouvrir de nouveau nos portes, et nous espérons de tout cœur que cela se fera le plus tôt possible.

Solange Vassant des Apéros de So :

 

Un mot pour terminer ?

La situation actuelle reste la priorité pour nous tous.

Les malades, la gestion des malades, leur prise en charge… mais nous souhaitons une véritable prise de conscience et si la situation l’impose, nous comprendrons bien évidemment les mesures prises par le gouvernement.

Masi il nous semble y avoir un véritable décalage entre les rassemblements festifs autorisés pour cette fin d’année alors qu’il serait dangereux d’aller au restaurant…

Soit la situation actuelle s’améliore et nous permet de se rassembler, chez soi ou au restaurant, soit elle ne le permet pas.

Mais il faut que les mesures prises par nos dirigeants soient cohérentes envers tout le monde.

*le prénom a été modifié.